lundi 21 mai 2007

Derrière la «médina»

(Casablanca, Maroc)

La medina, c’est «la vieille ville» en arabe. Là où tout s’achète, tout se marchande. Des échoppes succèdent aux échoppes : c’est un immense labyrinthe de boutiques, dont les chemins ne mènent qu’à de nouvelles boutiques. Hors des sentiers touristiques, loin des vêtements aux gros noms brodés sur la poitrine, des faux Ipod et des cellulaires bon marché, l’autre Maroc vit.

Il y a des mendiants aux membres atrophiés, amputés. Des mères avec leurs enfants inanimés dans les bras. De jeunes hommes émaciés tirant des charrettes remplies de bois, peut-être pour se chauffer, peut-être pour le vendre... Dans l’indifférence générale, ce sont des scènes bouleversantes pour le nouveau venu. Chaque personne assise demande de l'argent, nul besoin de parler arabe pour le comprendre.

Même avec des centaines de milliers de dirhams en poche, l'argent viendrait à manquer pour soulager cette misère. Combien il est difficile de passer son chemin. Il ne s’agit pas de pitié, c’est une compassion profondément meurtrie. Une humanité égratignée pour toutes ces pièces qu’on ne peut verser. Un haut-le-cœur serre la gorge à la pensée de l’argent gaspillé, de la nourriture jetée, de mon propre gaspillage pendant qu’eux mendient dans des ruelles où règne une odeur permanente de pourriture, à même un sol jonché d’ordures. Avec pour ton compagnon un soleil violent les écrasant de sa chaleur.

Parmi les passants, cette vieille femme voilée, couvrant un œil atteint d’on ne sait quoi d’une main, tendant l’autre pour récolter des sous, la peau parcheminée dépassant de son djellaba. Ou cet homme se déplaçant sur ses mains, les jambes repliées sous lui, visiblement paralysée, fendant la foule compacte de son mieux, les paumes abîmées, le regard perdu.

Sortir de la medina donne l’impression d’avoir été près de la noyade. Une grande bouffée d’air et le calme revient. Mais les images, elles, restent. La seule différence, c’est que eux vivent en apnée constante…

Aucun commentaire: