(Chefchaouen, Maroc)
Mohammed et Melinda tiennent une petite boutique de souvenirs, en plein cœur de la medina de Chefchaouen. Au coin de la place Uta el-Hammam, dans un carré exigu de trois mètres carrés, des chandails, des tapis, des sacoches, des bijoux sont empilés, accrochés, exposés. Lui, Marocain, elle, Australienne, à eux deux , ils parlent six langues, et ils ont la conversation facile.
Ils sont assez heureux de leur sort, même si leurs revenus couvrent à peine leurs dépenses. Une partie de leurs difficultés à vendre leur marchandise provient d’un petit guide, le « Lonely Planet ».
À la page 61, cette note.
« Que vous aimiez ou non, marchander tient une place centrale dans la culture commerciale du Maroc. […] Peu importe ce que le vendeur vous offre, offrez-lui le tier de ce qu’il propose. […] 10 DH importent toujours plus à un vendeur marocain qu’à vous. »
Ce que ne mentionne pas le livre, ce sont les coûts, les vrais. « Ils (les touristes) lisent ‘Lonely Planet’, ils arrivent ici et ils veulent toujours le moins cher. Sinon, ils s’esclaffent et se moquent de nous », s’exclame, le visage rouge, Melinda, ancienne infirmière de Sydney. Elle devait se rendre faire de la planche à neige au Canada, mais elle a rencontré Mohammed.
De touriste à une époque, elle joue depuis les commerçantes. Et les touristes, après deux ans à tenir la boutique, elle en a parfois ras-le-bol. Comme les « Espagnols d’hier, ces encul…, ils juraient avoir vu le même tableau à un prix impossible à Casa. Mais ce n’était pas la même chose, c’était de moins bonne qualité, le nôtre est importé d’Espagne justement ! C’est pas de la pacotille ! Quels menteurs! »
Ce ne sont pas « que » des pacotilles qui se trouvent sur l’étal des jeunes fiancés. Ces camisoles aux logos brodés à la main, les sacs à main finement brodés style hippie, et des tableaux montrant Chefchaouen ne relèvent pas de « l’artisanat industriel », aux copies conformes de souvenirs bon marché. « On veut offrir des marchandises différentes, mais les gens ne voient pas la différence », affirme l’ancienne infirmière.
Des items plus chers, mais de meilleure qualité, assure le couple. « C’est du coton 100 %, et c’est brodé, pas imprimé, mon frère », assure Mohammed. D’où le 120 DH pour une camisole, par exemple. Importées du Népal, à environ 80 DH, les camisoles doivent être transportées à Chefchaouen, située sur les plateaux du Rif, à des dizaines de kilomètres de Tanger.
Le fond de commerce du minuscule immeuble avec vue sur l’akasbah coûte 17 000 euros par an, à quoi s’ajoute un loyer mensuel de 800 DH.
Entrent dans l’équation le « Lonely Planet » et le cliché de la négociation à la marocaine. Négocier les prix de chaque produit compromet un peu plus les chances de Melinda et Mohammed de gagner leur vie convenablement. Mais tradition, besoin de subsister et guides de voyage obligent, la paire continue de marchander les prix. Même si le coût de la vie a augmenté, en même temps que les besoins de la famille.
« Les gens lisent le foutu ‘Lonely Planet’ et ils ne réfléchissent pas, ils ne pensent pas à l’être humain qu’ils ont devant eux », s’exaspère Mélinda. Mohammed vit encore avec ses trois sœurs, et ils dorment tous dans la même pièce la nuit venue, illustre l’Australienne.
Son fiancé opine du chef. « Les gens pensent encore que le Maroc, ça ne coûte rien… »
Mélinda pousse un soupir, lui range quelques vêtements et présente des bracelets à des touristes espagnoles. Les deux femmes affichent un air nonchalant, paraissant prêtes à en découdre pour obtenir le meilleur prix. Autre soupir de la femme.
Chefchaouen figure depuis quelques années déjà comme une destination incontournable pour beaucoup de touristes. La medina peinte de blanc et de bleu, un cadre magnifique, loin du bruit de Tanger, et une ambiance propice à la détente.
L'augmentation de visiteurs a forcé l’industrie du tourisme à s'adapter. Les prix dérisoires pour le logement ont fait place à des hôtels luxueux. Même si les prix, nourriture et logement, demeurent en deçà des factures prohibitives des grandes villes, les touristes se surprennent à devoir payer un bon montant.
Faute de pouvoir négocier le prix de l’hôtel ou celui des repas, ils se rabattent sur le prix… des souvenirs et autres marchandises. Pour compliquer la situation, les touristes se font moins nombreux dans la ville de bleu et de blanc. Forçant les marchandes à être plus agressifs dans leurs ventes. Vraisemblablement, tous devront se faire à l’idée d’une hausse des coûts. Même le « Lonely Planet »…
mercredi 30 mai 2007
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2 commentaires:
Hmmm... il me semblait aussi que l'industrie du tourisme et l'augmentation du loyer avait des répercussions inconnus.
Merci de ton article David, on voit comment le "tourisme" n'aide pas vraiment le développement des villes et des gens.
Bonne journée.
Eric Faussurier
Communiqué de Presse
COIN DJEBLI
LA BOUTIQUE DE COMMERCE SOLIDAIRE
A CHEFCHAOUEN
Ou trouver les produits du terroir des coopératives féminines en dehors des foires locales et des manifestations estivales? Tout simplement Au coin Djebli de Chefchaouen sur la place Outah el hammam.
Depuis le 12 juillet dernier les coopératives féminines de la région de Chefchaouen disposent d’une boutique solidaire pour commercialiser leurs produits artisanaux fabriqués dans les règles de l’art et des traditions. On y trouve donc différentes variétés de miel, de l’huile d’olive, des plantes aromatiques et médicinales, sèches ou transformées en huile essentielle, du couscous beldi, et différents produits du sel comme le sel de bain à la verveine et à la fleur d’oranger ou le sel au cumin. Les coopératives Al wifak, Al Wafae, Al qods, Al amal et autres ont enfin pignon sur rue. Emballages et étiquettes ont été travaillés avec des graphistes professionnels. D’ailleurs la coopérative de sel Al Wifak vient pour la première fois de remporter un prix pour la qualité de son emballage et l’originalité de son sel de bain. Motivées par cette réussite les femmes sont déjà en train de concocter de nouvelles recettes.
Projet pilote, cette boutique d’un nouveau genre a vu le jour grâce à la collaboration de différentes associations marocaines et internationales. On y pratique des prix fixes qui sont calculés en fonction du prix de revient réel des produits et les bénéfices dégagés sont réinvestis dans l’amélioration de la production ou de la commercialisation selon les besoins des coopératives.
AU COIN DJEBLI
Place Outa Hammam Chefchaouen
Produits des coopératives féminines
Huile d’olive Sels aromatisés Sels de bain
Couscous Miels variés Figues et prunes sèches Confitures
Plantes aromatiques et médicinales
Tissage
+212 12 15 27 69
Sources : Association Marocaine d’Appui à la Promotion de la Petite Entreprise (AMAPPE) 2, Jbel Toubkal, Appt.8, Agdal – Rabat 037 68 69 14 amappe@mtds.com
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