(Tetouan, Maroc)
L’autobus est arrêté à la gare de Tétouan. Un air lourd emplit le véhicule, l’humidité de ceux qui attendent d’arriver à destination. Entre deux cigarettes du chauffeur, elle monte à bord de l’autobus.
Elle commence à parler, à implorer pour de l’argent, la main tendue devant elle. La femme, peut-être une jeune quarantenaire, voilée, les traits tirés, pousse devant elle, doucement, une jeune enfant aux cheveux bouclés.
Sa voix tremblote, elle se fait de plus en plus pâle au fur et à mesure qu’elle parle, et tout en continuant son discours, des larmes se forment au coin de ses yeux. Un drame qu’on ne connaît pas, une histoire qu’on ne vivra jamais, qu’on peut à peine comprendre.
Cette douleur vive, sortant de la bouche de cette mère, poignarde. Peut-on simuler les pleurs pour obtenir quelques sous ? Peut-être. Mais même si elle n’éprouve pas réellement cette grande peine, quelqu’un quelque part en souffre. Comme la joie, tout être humain éprouve de la douleur.
Cette réalité, possiblement factice pour la dame afin de récolter un dirham ou deux, est vécue ailleurs, en ce moment même. Cette probabilité est suffisante pour
Très peu de gens vont connaître la fin de cette histoire versée entre deux sanglots. L’imagination laisse toutefois très peu de place aux fins heureuses. Une conclusion, celle-là connue par trop de gens.
Les passagers, assis dans leurs sièges peu confortables, ne semblent pas émus outre mesure. Sauf cette dame, qui se penche pour verser quelques sous dans la main de la dame. Impossible de les blâmer. Ils vivent possiblement eux-mêmes cette réalité qui empoigne le corps et le coeur.
Chacune de ces manifestations d'une si grande détresse ne se ressemble jamais. Comme si on en venait à redécouvrir la douleur, la misère à chaque fois. L’âme se trouble, à fleur de peau de cette possibilité, d’une blessure qui ne guérira pas. Celle d’explorer un peu plus l’existence de l’Homme, laide et belle à la fois.
Et cette idée, une fois la main tendue passée, de vouloir aider. Ne serait-ce parce que la douleur est universelle, et qu'elle peut être atténuée. Même si des centaines de dirhams ne peuvent rendre ce que la douleur prend.
vendredi 8 juin 2007
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1 commentaire:
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