(Erlangen, Allemagne)
Cartes d'identité biométriques, filtrage des appels personnels. Permettre à l'armée de détruire un avion détournée par des terroristes, ou de détenir quiconque soupçonné d'avoir des liens avec des organisations criminelles, sans avoir d'autorisation de la cour. Bienvenue... en Allemagne.
Entre la sécurité et la liberté des citoyens, l'équilibre est précaire, difficile à trouver, et plus facile encore à rompre.
Ces idées figurent dans un projet de loi du ministre de l'Intérieur, Wolfgang Schläuble. Les États-Unis ont fait des émules, et le ministre ne se cache pas de s'être inspirée de s'être inspiré outre-Atlantique pour ces mesures.
La pression des récents événements, à Londres et à Rabat, a forcé cette réaction, explique-t-on dans l'hebdomadaire "Der Spiegel". Ne suffirait qu'une étincelle pour mettre en branle une batterie de moyens pour "prévenir des actes terroristes".
Par exemple, donner à la police le pouvoir de fouiller les ordinateurs personnels sans autorisations de la Cour. Laisser l'armée intervenir dans les villes, et arrêter des individus sans mandat. Filtrer les appels téléphoniques et les sites visités en faisant appel aux compagnies de télécommunications. Ficher les citoyens avec des cartes biométriques.
Chacune de ces mesures pourrait prendre effet immédiatement si la Bundesrat, l'équivalent allemand de la Chambre des Communes, approuve le projet de loi du ministre de l'Intérieur.
A contrario, l'Allemagne, aux apparences paisibles, ne donne pas l'impression d'être menacée par les terroristes. Dans la calme région du Frankenjurra, au centre du pays, rien ne laisse supposer l'ombre d'une paranoïa croissante... Sauf peut-être vis-à-vis l'État.
Dans la cuisine d'un appartement d'Erlangen, Christian Bauderl, qui travaille dans une maison d'édition, passe nerveusement une main dans ses longs cheveux frisés. Il rajuste ses lunettes pendant la lecture de l'article du "Spiegel", avant de jeter le magazine sur la table.
"L'État va combattre ses propres citoyens, parce qu'apparemment, les terroristes proviennent de notre propre pays!" Le jeune homme dans la vingtaine voit se profiler une Allemagne orwellienne avec cette loi. Ce n'est pour lui qu'une question de temps avant que "1984" ne devienne le quotidien. "Si ça arrive, je déménage en Amérique du Sud. Il ne fera plus bon vivre ici..."
L'Allemagne figure sur les listes de cibles potentielles d'organisations terroristes. Mais il n'y a jamais eu d'attentats en sol allemand. En juillet 2006, deux engins explosifs avaient été retrouvés et désamorcés à temps à la gare de Cologne. Ils étaient dans les bagages d'un homme, qui s'apprêtait à prendre un train régional bondé de travailleurs. Ses motifs n'avaient pas été expliqués.
"Les attentats sont inévitables, je pense. Mais la liberté est plus importante que n'importe quelle loi pour rendre la sécurité si oppressive", dit Christian.
L'hebdomadaire "Der Spiegel" a consacré un numéro spécial au sujet, en se faisant incisif. Il y a eu l'année dernière plus de morts sur les routes allemandes que dans tous les attentats terroristes sur la planète durant la même période, écrit un des journalistes. D'où la réflexion de Christian: "ils devraient peut-être penser à bannir les automobiles plutôt qu'à combattre avec tant d'ardeur le terrorisme".
lundi 16 juillet 2007
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