(Erlangen, Allemagne)
- Comment les Allemands se sentent par rapport à la guerre ?
"Ils se sentent encore coupables", dit sans ambage Lukas Pflug.
Il a 22 ans, est étudiant, n'a pas connu le conflit, ni la période des deux Allemagnes. Malgré cela, pour lui, il est évident que la culpabilité est encore pesante sur les épaules de tous.
Chose certaine, le sujet est délicat. Lukas n'a connu la guerre qu'à travers les livres et les cours d'histoire, mais choisit bien ses mots avant d'en parler. Idem pour Sarah Freund, sa copine de 27 ans, étudiante elle aussi. Elle hésite, réfléchit, avant de déclarer : "On nous a martelé ce qui s'est passé durant ces années, pendant notre jeunesse... Je ne crois pas que ce soit bon."
Au quotidien, des rappels subtils sont visibles un peu partout. Une critique du plus récent film de Harry Potter, dans les pages de l'hebdomadaire "Der Spiegel", parle "d'un combat entre le bien et le mal, où la sélection nazie est étrangement présente". Un guide d'escalade traîne sur la table de la petite commune d'étudiants d'Erlangen. "Kletterfürher", en allemand. "C'est le seul contexte où le mot 'fürher' est employé. On évite de l'utiliser autrement... à cause de Hitler", précise Lukas. Même dans les blagues. "Les forêts du Frankenjurra sont encore pleines de SS qui ne savent pas que la guerre est terminée", dit en s'esclaffant Christian, un colocataire du couple dans un appartement d'Erlangen.
Avec ce malaise en filigrane, la vie et les moeurs des Allemands se sont transformées. Longtemps après l'époque de la dénonciation des collabos, les personnes dans la cinquantaine refusent toujours de parler de la guerre. Sujet tabou. Moins chez les jeunes. Peu à peu, la culpabilité héritée de l'histoire se perd. C'est du moins le sentiment de Sarah Freund. "Mais on ne dit jamais qu'on est fiers d'être Allemand. C'est... gênant. On a peur d'être jugés à l'extérieur."
Un ballon rond est venu combler cette absence de sentiment d'appartenance. En 2006, lors de la Coupe du monde de soccer, à Berlin, les drapeaux noir, rouge et jaune ont fleuri. Comme cette idée d'être de nouveau réunis. La troisième place de l'Allemagne, après sa victoire contre le Portugal, a permis une réconciliation jusqu'alors méconnue.
"Voir tous ces drapeaux brandis... Moi, j'étais mal à l'aise", laisse tomber l'étudiante en géologie.
Émergence de la droite
La nature a horreur du vide. Peut-être que les partis politiques aussi. Devant le vacuum identitaire, un parti politique a misé à fond sur la fierté d'être Allemand. Et jusqu'à maintenant, la stratégie fonctionne. Même si le Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD), parti national-démocrate allemand, est souvent associés aux mouvements néo-nazis, et accusé de révisionnisme. La formation politique tire ses appuis majoritairement des régions rurales, en moussant la préservation de l'identité du pays.
"Une partie de la population rejette l'immigration, qui est vue comme un vol d'emplois pour les gens au chômage. Pourtant, c'est ridicule, on a besoin d'immigrants, parce qu'on arrive à peine à remplacer notre population. D'ici 10 ans, l'Allemagne va être vide!", souffle Lukas Pflug.
Le NPD se défend de promouvoir de dangereux clivages. Le Bundestag, l'équivalent allemand de la Chambre des communes, a tenté sans succès de bannir le mouvement politique. Le NPD a récolté 7,3 % de suffrages lors d'élections régionales en 2006.
mardi 10 juillet 2007
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