(Erlangen, Allemagne)
Il y a deux trottoirs à Erlangen. Un pour les piétons, l'autre pour les vélos. Il ne faut pas se méprendre, au risque de se faire rappeler à l'ordre par une clochette dans votre dos.
Parce qu'ils sont nombreux, les vélos et vélocipèdes. Légions, même. En bordure des édifices, il n'est pas rare d'en dénombrer plus d'une cinquantaine. Et comme les endroits pour barrer sa bicyclette ne suffisent pas, les vélos sont laissés sur un pied, avec un cadenas en travers de la roue arrière. Expliquant ces rues où s'alignent les véhicules à deux roues sur presqu'un pâté de maison.
Des gens de tous âges - enfants, adultes, aînés - sont juchés sur leurs selles. Un homme d'affaires, aux bas enfilés par-dessus un pantalon repassé, à l'étudiant flâneur, cartable attaché au dos, tout le monde semble utiliser la bicyclette. Les espaces piétons permettent aux cyclistes de gentiment envahir le centre-ville d'Erlangen.
Une explication géographique s'impose: la région du Frankenjurra est légèrement vallonnée. "C'est donc très facile pour les gens de se déplacer à vélo... C'est même plus pratique. Et il n'y a jamais de bouchons de circulation", de préciser Lukas Pflug, lui-même propriétaire d'un vélo.
Si deux roues ne suffisent pas à se rendre du point A au point B, le système de transports en commun s'en chargera.
À ces exemples de moeurs vertes s'ajoutent recyclage et compostage. Le premier en divisant verre, carton, papier et métal. Toutes les villes d'Allemagne s'occupent du secondÖ le compostage des matières biodégradables se fait par les municipalités, par une cueillette hebdomadaire. Les citoyens peuvent par la suite racheter à bas prix le compost en résultant.
D'autres indices trahissent le côté vert d'Erlangen. Le mois de l'environnement, célébré par la ville en juillet, largement publicisé avec de grandes affiches aux couleurs criardes placardées un peu partout. "Polarnacht", une soirée de présentations sur les changements climatiques affectant l'Arctique. Dans une salle municipale bondée, avec plus de 300 personnes assises pour écouter des scientifiques parler des évolutions géologiques du climat.
"Mais il ne faut pas se laisser leurrer. Erlangen est un cas à part", fait savoir Lukas, résident de la ville depuis trois ans. Déménagé ici pour faire son service civil, il sait qu'une ville verte comme celle-ci est marginale. "Si tu vas à Dortmund, c'est... beuah... super sale et industriel... Rien à voir avec ici. C'est une ville universitaire, il ne faut pas l'oublier."
La même problématique se vit au niveau national. L'Allemagne, par la présidence récente de l'Union européenne, la chancellière Angela Merckel, s'est fait la championne de l'environnement. Un accord de dernière minute a été arraché aux membres de l'UE pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre durant les prochaines années.
Ironiquement, la chancellière peine à imposer le même consensus dans son propre pays. Son plan vert est qualifié d'"irréaliste" par beaucoup.L'Allemagne veut réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % en dessous des niveaux de 1990 d'ici 2020. Selon ce devis, 5 % de l'énergie allemande devra provenir de sources non-polluantes. Un objectif difficile à atteindre, selon des spécialistes interrogés par "Der Spiegel". À l'est, des centrales au charbon sont encore utilisées. Quelques 50 millions de véhicules enregistrés circulent sur les routes.
L'Allemagne verte, en dehors des forêts du Frankenjurra, n'existe peut-être pas tout à fait comme elle peut être vue à Erlangen.
jeudi 12 juillet 2007
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1 commentaire:
Merci pour la qualité du reportage. L'Allemagne a effectivement des pratiques sociales ayant un avantage considérable pour l'environnement.
Le choix d'utiliser le vélo comme principal mode de transport est à mettre de l'avant. J'aimerai ajouter au commentaire de Lukas que la morphologie et le tissu urbain des villes Allemandes se prête beaucoup mieux aux transports en commun et à la marche.
Les villes européennes dattent du temps ou la marche était le principal mode de déplacement. L'architecture, l'aménagement des villes est fonction de ce type de déplacement. Rien à voir avec l'Amérique ou la tradition de la construction el-cheapo fait en sorte que les édifices ne durent que 20-30 ans. Ajoutons l'accessibilité à la voiture et la ville, que dire, la région, répond aux déplacements solo en voiture.
Il n'est pas facile alors d'accomoder les autres types de déplacements comme le vélo, la marche et les transports en commun. Peut-être qu'en instaurant une mesure 'Pay as your drive' on offrira un cadre d'aménagement municipal plus diverse aux méthodes de transport.
Toujours un plaisir de vous lire Monsieur Savoie.
Eric Faussurier
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