(Rédigé à Casablanca, Maroc)
En plein milieu de la medina, à regarder les prix des tapis, des chandails, des chaussures, l’étranger est bombardé d’offres de « rabais » et des « bons prix, juste pour toi, l’ami ». Ce qui mène rapidement à une question épineuse : qui dit vrai ?
Ces babouches très confortables valent-elles les 150 DH demandés d’abord ? Et pourquoi le vendeur n’hésite pas beaucoup à offrir la moitié du prix ? « Bon, d’accord, tu n’as que 90 DH, c’est bon, donne-moi 90 DH. »
Une partie de la fluctuation des prix est attribuable aux aléas du marchandage. La valeur de base, elle, demeure plus ou moins connue, sujette avant tout à l’humeur du vendeur.
Il en va un peu de même avec ces "faux guides", une pléthore de jeunes gens, omniprésents dans les villes touristiques. Des petits escrocs proposent de trouver l'endroit idéal pour loger, beau, bon et évidemment peu coûteux. « Tu cherches un hôtel ? Je vais te montrer un bon hôtel, tu vas voir. » Plein de bonnes intentions, ce petit bonhomme spontanément apparu alors que, justement, vous songiez à votre toit du soir ? Pas toujours.
De quoi développer une véritable paranoïa pour tenter, sans grand succès, de savoir qui dit la vérité, qui est véritablement bien intentionné. Ce sentiment étouffant de devoir être méfiant de tout prend des proportions monstrueuses lorsque des chiffres « officiels » sont scrutés.
Des indicateurs de niveau de vie comme le chômage, par exemple. Évalué à 11,9% par le gouvernement, le chiffre demeure largement contesté, à voix basse, dans les milieux économiques. En comparaison, l'Allemagne affiche un taux de chômage de 9,1 %, la France 9,2 %.
Parce que pour être considéré comme ayant un « emploi », il suffit d’avoir reçu de l’argent, peu importe la somme, peu importe la raison, dans les six derniers mois. Quelque 20 DH de la part d’un voisin pour des travaux faits à la maison, la vente de « shite », n’importe quoi.
En admettant que le chiffre de 11,9 % soit réel, c’est dire que 11,9 % de la population marocaine, l’équivalent de plus de trois millions de personnes, n’a pas reçu un dirham durant les six derniers mois précédent le dernier recensement…
Depuis quelques années, le gouvernement marocain et le roi Mohammed VI veulent faire diminuer la pauvreté. Des millions de dirhams sont investis pour parvenir à cet objectif, plusieurs organisations y travaillent, et de nombreux fonds gouvernementaux, figurent parmi les outils promus par le pouvoir en place.
Le gouvernement marocain est soupçonné de diminuer les critères pour évaluer la pauvreté. Et il y a soudainement moins de « démunis » au Maroc quand est considéré pauvre celui qui vit avec 10 DH par jour, 1,29 $ canadien ou 89 centimes d’euros. Statistique officielle : environ trois à quatre millions de « démunis ». « Comment peut-on survivre avec 1 dollar par jour ? », demande Touhami Abdelkhalek, un auteur du rapport de 2006 sur le développement humain au Maroc.
Des études indépendantes de la Banque mondiale démontrent qu'à lui seul, la pauvreté touche 23 % de la population rurale. Évaluations les plus récentes du nombre de pauvres au Maroc: six millions de personnes sont sur ou sous le seuil de la pauvreté, d'après l'ONU. Le gouvernement marocain maintient le chiffre de 3 millions...
Tristement, les mêmes demi vérités ont cours pour l’analphabétisme. Environ 35 % de la population ne sait pas lire ou écrire, d’après les chiffres fournis par le gouvernement. La réalité se rapprocherait des 65 %, avec beaucoup de gens sachant lire ou écrire quelques mots à peine.
Entre temps, le Maroc vante, par la bouche de plusieurs de ses ministres, la transparence du pays.
mercredi 13 juin 2007
S'abonner à :
Messages (Atom)