vendredi 20 juillet 2007

Dommages collatéraux

(Paris, France)

Le combat ronge la Colombie depuis des années déjà. Une guerre interne aux conséquences néfastes, surtout pour les sans-voix.

Ils étaient quatre indigènes originaires de Colombie. Des peuples Kogi, Ika, Muinane, Kuna. Gregorio et Roberto, de Sierra Nevada de Santa Maria, habillés de façon traditionnelle, blanc de pied en cap, avec un chapeau carré juché sur leurs longs cheveux noirs. Sans gêne, ils mastiquent des feuilles de coca durant la conférence, pendant qu'Edgar semble dormir, et qu'Arturo discute à voix basse avec un collègue. Tous étaient à Paris pour parler de leurs liens privilégiés avec la Terre. Tenter d'expliquer aux Occidentaux les "lois d'origine", un code régissant la vie des autochtones colombiens.

Mais le débat a vite dérapé. "Comment vivez-vous le conflit ?" L'assistance, peut-être incapable de s'intéresser davantage aux moeurs autochtones, a voulu connaître leur sort entre les tirs croisés. D'abord, un refus. "Nous avons suffisamment parlé du conflit. Tout cela passe par les lois d'origine", répond Gregorio. Devant l'insistance, ils en discutent, d'abord avec une réticence visible, puis un certain soulagement... Parce que les indigènes sont les plus affectés par le conflit.

Coincés entre les paramilitaires, les FARC et l'armée, les autochtones colombiens se retrouvent les victimes d'une guerre dans laquelle ils sont impliqués contre leur gré. Beaucoup sont déplacés hors de leurs territoires, suivant les mouvements des tirs et combats.

Les organismes non-gouvernementaux là-bas l'admettent de guerre lasse, ils ne peuvent pas faire grand chose. De nombreuses tribus vivent au coeur de la forêt, sans contacts avec la "civilisation". Lorsqu'ils se retrouvent sur les berges de villes loin de leurs forêts natales, les aider demande du temps et des moyens.

Un reportage diffusé sur les ondes de RFI à ce sujet:
http://rfi.fr/francais/actu/articles/091/article_53584.asp

Le nerf de la guerre
Derrière les combats, une plante: la coca. Une composante d'une feuille permet d'obtenir un poudre blanche, dont raffolent les consommateurs de drogue. La cocaïne alimente la crise.

Le gouvernement d'Alvaro Uribe a tenté de couper le problème à la racine, avec une campagne d'éradication de la coca. Provoquant une exponentiation des cultures. Comme en Afghanistan, il est plus payant pour les paysans de cultiver la coca, que du maïs ou du blé. Ces agriculteurs n'ont rien à faire de la drogue, ils ne veulent que manger.

Échec d'autant plus cuisant pour Uribe que d'autres pays ont vu leurs cultures de coca augmenter, en réponse à la baisse de la "production colombienne". Même en Équateur, où, jusqu'à tout récemment, il n'y avait jamais eu de cultures de cette plante.

Autre reportage radio, cette fois sur le problème de la coca en Colombie:
http://rfi.fr/francais/actu/articles/090/article_53252.asp

Incompréhension
La rencontre entre autochtones colombiens et étudiants parisiens a permis de mettre en lumière une chose. Une profonde incompréhension entre deux mondes. Roberto Santos, représentant d'Una Terra, insiste. "On ne peut pas parler du conflit si vous ne comprenez pas les lois d'origine."

Mi-quarantaine, les traits nobles, l'homme a le regard inflexible de ceux qui veulent faire comprendre leurs points de vue. Ouvert, mais déterminé. "Est-ce que nous sommes en colère? À cela je répond: la forêt est en colère, les arbres sont en colère, la rivière est en colère, la terre est en colère. Il nous faut nous sacrifier pour que l'équilibre revienne, prier pour tout le monde, c'est notre rôle. Ce sont les lois d'origine pour rétablir l'équilibre avec la terre qui nous supporte tous."

Explicitant le fossé entre les perceptions autochtones et occidentales d'un même problème. Deux positions aux antipodes.

Qu'à cela ne tienne, devant des bafouillements, et les silences entrecoupés de réflexion sur la formulation exacte dans un espagnol cafouillant, un sourire. Aussi sérieux le sujet, malgré les distances, et les difficultés à comprendre, à se faire comprendre, une lueur d'encouragement, à tenter de communiquer et d'échanger.

Une poignée de mains. Le fossé n'est pas totalement comblé, mais au moins, quelques pas ont été faits.

mardi 17 juillet 2007

Des réfugiés oubliés

(Paris, France)

Voici un reportage effectué à RFI sur le sort de réfugiés hmongs, dans le nord de la Thaïlande. Les informations ont été difficiles à obtenir, parce que les sources d'informations sont nombreuses, mais contradictoires.

Le sort des réfugiés demeure incertain à ce jour. Pour mieux comprendre les événements, il faut savoir que la junte thaïlandaise refuse la présence du Haut commissariat des Nations Unies sur les réfugiés. Depuis des années, les Hmongs seraient persécutés au Laos, accusations toujours réfutées par le gouvernement.

Le reportage radio se trouve ici:
http://rfi.fr/francais/actu/articles/090/article_53338.asp

lundi 16 juillet 2007

L'histoire sans fin

(Erlangen, Allemagne)

Cartes d'identité biométriques, filtrage des appels personnels. Permettre à l'armée de détruire un avion détournée par des terroristes, ou de détenir quiconque soupçonné d'avoir des liens avec des organisations criminelles, sans avoir d'autorisation de la cour. Bienvenue... en Allemagne.

Entre la sécurité et la liberté des citoyens, l'équilibre est précaire, difficile à trouver, et plus facile encore à rompre.

Ces idées figurent dans un projet de loi du ministre de l'Intérieur, Wolfgang Schläuble. Les États-Unis ont fait des émules, et le ministre ne se cache pas de s'être inspirée de s'être inspiré outre-Atlantique pour ces mesures.

La pression des récents événements, à Londres et à Rabat, a forcé cette réaction, explique-t-on dans l'hebdomadaire "Der Spiegel". Ne suffirait qu'une étincelle pour mettre en branle une batterie de moyens pour "prévenir des actes terroristes".

Par exemple, donner à la police le pouvoir de fouiller les ordinateurs personnels sans autorisations de la Cour. Laisser l'armée intervenir dans les villes, et arrêter des individus sans mandat. Filtrer les appels téléphoniques et les sites visités en faisant appel aux compagnies de télécommunications. Ficher les citoyens avec des cartes biométriques.

Chacune de ces mesures pourrait prendre effet immédiatement si la Bundesrat, l'équivalent allemand de la Chambre des Communes, approuve le projet de loi du ministre de l'Intérieur.

A contrario, l'Allemagne, aux apparences paisibles, ne donne pas l'impression d'être menacée par les terroristes. Dans la calme région du Frankenjurra, au centre du pays, rien ne laisse supposer l'ombre d'une paranoïa croissante... Sauf peut-être vis-à-vis l'État.

Dans la cuisine d'un appartement d'Erlangen, Christian Bauderl, qui travaille dans une maison d'édition, passe nerveusement une main dans ses longs cheveux frisés. Il rajuste ses lunettes pendant la lecture de l'article du "Spiegel", avant de jeter le magazine sur la table.

"L'État va combattre ses propres citoyens, parce qu'apparemment, les terroristes proviennent de notre propre pays!" Le jeune homme dans la vingtaine voit se profiler une Allemagne orwellienne avec cette loi. Ce n'est pour lui qu'une question de temps avant que "1984" ne devienne le quotidien. "Si ça arrive, je déménage en Amérique du Sud. Il ne fera plus bon vivre ici..."

L'Allemagne figure sur les listes de cibles potentielles d'organisations terroristes. Mais il n'y a jamais eu d'attentats en sol allemand. En juillet 2006, deux engins explosifs avaient été retrouvés et désamorcés à temps à la gare de Cologne. Ils étaient dans les bagages d'un homme, qui s'apprêtait à prendre un train régional bondé de travailleurs. Ses motifs n'avaient pas été expliqués.

"Les attentats sont inévitables, je pense. Mais la liberté est plus importante que n'importe quelle loi pour rendre la sécurité si oppressive", dit Christian.

L'hebdomadaire "Der Spiegel" a consacré un numéro spécial au sujet, en se faisant incisif. Il y a eu l'année dernière plus de morts sur les routes allemandes que dans tous les attentats terroristes sur la planète durant la même période, écrit un des journalistes. D'où la réflexion de Christian: "ils devraient peut-être penser à bannir les automobiles plutôt qu'à combattre avec tant d'ardeur le terrorisme".