mardi 8 janvier 2008

Souvenirs de voyages

Une anecdote, un moment. Quelques minutes seulement, qui ne sauraient prendre la forme d'un récit. Pourtant, en quelques lignes, toute la complexité et la différence entre les cultures se manifeste. Une première cuvée de ces petits moments...

Censure arabe
Quelques minutes après 20h, dans un appartement de Casablanca. Ali, 28 ans, gestionnaire chez Dell, se repose après une dure journée de labeur. Sa piété musulmane ne l'empêche pas de se rouler un petit joint en regardant la télévision. "Il faut seulement faire attention pour ne pas trop se faire voir par les voisins", dit-il avec un sourire, après avoir tiré un peu les rideaux.
Les chaînes défilent. Un chanteur, les nouvelles, du foot, encore un chanteur, ou était-ce encore du sport ? Ali s'arrête sur un film, « Beauté américaine ».
"Ça, c'est un film pas mal."
Écoute pendant quelques minutes. Le film tire presque à sa fin. Ali ramène quelques coussins sous lui.
L'histoire d'une homme dans la quarantaine, qui vit une crise existentielle, atteint des sommets quand il est attiré par l'amie de sa fille, et qu'il consomme de la drogue avec le fils du voisin. Mythe de la jeunesse éternelle qui a tôt fait de poser des problèmes au principal personnage du film, Lester Burnham, interprété par Kevin Spacey.
Arrive le moment du film où le voisin se présente chez Lester. Dans la version américaine du film, le voisin se penche et tente d'embrasser le personnage principal. À Casablanca, et partout ailleurs où la chaîne arabe diffuse, il n'y a eu qu'une coupure entre le moment où le voisin entre et celui où les deux hommes s'expliquent.
Abasourdi, je me tourne vers Ali. "Ils ne se sont pas embrassés, comme dans la version que j'ai vu!", m'exclamai-je.
"Dans les pays musulmans, il y a certaines choses qu'on ne veut pas voir, qu'on est pas encore prêt à voir", me donne-t-il comme toute réponse. "L'homosexualité en fait partie."

Risible monarchie
La route qui nous ramène, Lukas, Grutie, deux jeunes étudiants allemands, et moi, vers Erlangen serpente lentement dans la campagne allemande. De mon siège de passager, j'observe la forêt qui défile, les champs qui y succède. "David, j'ai une question pour toi...", dit Lukas.
- Oui ?
- Est-ce que c'est vrai que... qu'il y a toujours une reine qui dirige le Canada ?
- Euh... et bien... oui.
"Quoi ?", s'exclame Grutie, assise sur le siège arrière.
Les deux jeunes gens se mettent à rire de bon coeur. "Incroyable", dit Lukas.
Nouvel éclat de rire.
"Je ne comprends pas trop pourquoi! Est-ce qu'il y a des avantages à avoir une reine ?"
Aucun auxquels je ne pouvais penser à ce moment.
"Alors pourquoi ?", redemande-t-il. "Je veux dire... a-t-elle des fonctions ? Sert-elle à quelque chose ?"
Je lui explique qu'en théorie, elle dirige le pays. "Mais en pratique, elle n'a qu'un rôle figuratif", termine Lukas à ma place. En pratique, elle n'a qu'un rôle figuratif...
"C'est très drôle, pourquoi alors avoir encore une reine", questionne Grutie de la banquette arrière, en prenant un ton un peu moqueur.
"Est-ce que c'est dire que les Canadiens sont très conservateurs ?"
Une question à laquelle je n'ai trop su répondre...

Question de langues
Autour d'un feu de camp, en quelque part, pas très loin de Chattanooga, au Tennessee. Ils sont des dizaines de passionnés de l'escalade, venus ici pour profiter des chaudes journées du « Volunteer state » quand la nature se fait généreuse.
Tout autour des flammes, des gens de l'Indiana, de la Géorgie, de la Caroline du Nord, du Colorado, de la Louisiane. Même un Italien et sa copine du Honduras, allez savoir pourquoi...
Le Louisianais à la langue bien pendue se tient à côté du type qui a grandi près de New York, lui plutôt placide. Ce dernier parle d'un parc, en prononçant « pa'k ». Il omet un "r" dans plusieurs mots, comme le font, semble-t-il, les New-Yorkais.
« Comment tu épèles ça ? », demande le Louisianais, à la blague.
« P, A, C, H, K », répond le New-Yorkais, feignant de ne pas connaître le bon ortographe.
« Exactement comme tout le monde », conclut le premier.

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