mardi 19 février 2008

Les cents États-Unis et les sans États-Unis (seconde partie)

Ils avaient raison, mais ils ne le savaient pas encore... C'était fin décembre, et la plupart de leurs « prédictions » se sont réalisés, d'autres restent encore à confirmer, ou à infirmer. Ne sait-on jamais, peut-être se sont-ils trompés...
Il faisait froid, par cette journée de décembre, si froid que tout le monde resserrait son manteau sur ses épaules. La conversation s'engage, pour parler un peu de tout, et surtout, peut-être, de politique. Sujet dérangeant aux États-Unis. Si dans ce pays, certains parlent d'installer la démocratie ailleurs, elle est, là-bas, ou moribonde ou embrassée.
Leur réponse est précédée d'un silence presque douloureux. « Qui va gagner les prochaines élections présidentielles?, redemande Christina. Personne ne le sait, c'est tout ce qu'on sait. »
Comme beaucoup d'autres citoyens américains, Paul Watson et sa copine Christine sont fort embêtés. C'était avant les primaires de l'Iowa et du New Hampshire, bien avant le scrutin de novembre 2008.
Les deux universitaires, apparemment démocrates, ne savent pas à quel saint se vouer... ou plutôt à quel candidat.
« Hillary (Rodham Clinton, candidate démocrate, sénatrice de New York) a de bonnes chances », avance d'abord Christina.
Mais beaucoup de gens la déteste, de répondre son copain, grand blond au visage de poupon.
Pour aucune bonne raison d'ailleurs... La plupart des gens ne savent même pas pourquoi ils la détestent. J'ai essayé de demander à des gens que je connaissais qui disaient ça, et je n'ai seulement obtenu que 'parce que c'est une garce', explique la jeune femme.
C'est quand même étrange d'obtenir cette réponse-là, non ?, soupire Paul.
Moment de silence et de réflexion, avant que Christina ne tente une hypothèse.
Je crois surtout que beaucoup de gens n'osent simplement pas dire: 'je ne laisserai pas une femme me dire quoi faire'.
Qu'en serait-il de : 'je ne laisserai pas un Noir me dire quoi faire' avançai-je.
Barack Obama, candidat lui aussi dans le camp démocrate, est le premier Noir à briguer le poste de président. Le jeune sénateur de l'Illinois semble réveiller un espoir politique, tout en polarisant les opinions. Dans le sud-est des États-Unis, le racisme n'est jamais tout à fait disparu.
Je crois que plus de gens sont prêts à avoir une personne noire à la Maison-Blanche qu'une femme, répond Christina, les lunettes un peu embuées par le froid qui règne au Tennessee cette journée-là.
Selon le couple, les Républicains ont tout autant de difficulté à se rallier derrière un seul candidat.
« Rummey (Mitt Rummey, ancien gouverneur du Massachusetts et de confession mormonne) essaie de se faire passer pour un intégriste religieux et gagner de l'électorat... Mais ici, dans le Sud, les gens pensent que les Mormons sont des satanistes, donc, il ne gagnera pas », estime Paul.
« Et Mike Huckabee, lui ? » J'hasarde le nom du candidat qui a connu dans les dernières semaines de décembre, une remontée spectaculaire dans les sondages.
Il représente un peu le retour à un genre de politique du début du siècle. Du genre 'Dieu nous dit de faire ce qui est bon'! Sur beaucoup de points, il est en fait très démocrate, avec un système de santé soutenu par l'État, etc... Pour ça, la base républicaine ne l'aime pas trop. Mais il voudrait rendre l'avortement illégal et il n'aime pas trop les homosexuels », analyse Paul.
« C'est un peu effrayant. »
Christina semble se résigner alors qu'elle et son compagnon continuent à discuter politique.
Sur ce, la conversation décline, parce que comme n'importe qui, Paul et Christina ne peuvent prédire qui gagnera... Ils n'évoqueront pas, à ce moment, la candidature du sénateur de l'Arizona, John McCain. C'était peu probable de le voir se hisser en tête. Le couple avait pourtant vu la division provoquée par les deux autres candidats républicains. Aujourd'hui, Barack Obama mène sur Hillary Clinton. Mais les experts prédisent la défaite du premier, la seconde ayant l'appui de plus de grands électeurs. Les experts sont-ils suffisamment sur le terrain ?
Au final, leur dernière réponse est peut-être la plus éloquente. Qui sera le prochain occupant de la Maison-Blanche ? Personne ne le sait, parce qu'aucun candidat ne rallie. Tous cultivent des électorats qui leur sont favorables, les candidats divisent les partis plus qu'ils ne les rassemblent.
C'est un peu effrayant, mais le dirigeant du pays de l'Oncle Sam, une puissance mondiale, pourrait encore être choisi sur un coup de dé.