jeudi 19 février 2009

Adieu, Marguerite

Il fût un temps où les Chinois et les Vietnamiens entretenaient des relations hostiles. Puis, les mots "marché", "globalisation" et "économie mondiale" ont effacés les différends. Du moins, en apparence.

Preuve en est du quartier de Cholon, à Ho Chi Minh Ville - ou Saïgon. District 5, peut-on lire sur un plan de la ville.
"Tu peux acheter des choses peu coûteuses là-bas", explique Owen, un voyageur anglais, à la barbe fournie. Il en revenait tout juste, après une journée à visiter les pagodes et le marché.
C'est surtout pour ce dernier que Cholon est reconnu. Parce que tout peut être acheté à Cholon. Des étals de fruits, de légumes, de viande, de poisson. Puis, quelques mètres plus loin, des échoppes de moteurs, de vis, de clous. Toutes les formes, toutes les tailles, même chez ce vendeur improbable... de ressorts.
Le quartier dépeint par Marguerite Duras, dans son livre "L'Amant", n'existe plus vraiment. Il faut voir l'adaptation au grand écran, Cholon y semble être un endroit unique. Les édifices peints en bleu, les ruelles étroites, les portes de maisons jouxtant les tables de marchands. Les Vietnamiens ne mettaient pas les pieds dans ce quartier, il était uniquement chinois. Il faut savoir, aussi, qu'historiquement, les deux pays n'ont cessé de se battre, et ce jusqu'à tout récemment...
Aujourd'hui, le visiteur pourrait s'y méprendre, et penser qu'il n'a jamais mis les pieds dans le quartier chinois. Les caractères mandarins ou cantonais et la forme du visage des gens sont parmi les seuls indices qu'on se trouve dans le quartier chinois. Et la nourriture, bien entendu. "Je viens ici pour acheter des vêtements et manger. Il y a de la bonne bouffe", dit Pha Le, une étudiante vietnamienne en langues. Selon elle, Chinois et Vietnamiens ne se détestent plus comme avant, au contraire. Beaucoup de marchands vietnamiens ont adopté une stratégie économique chinoise dans les quartiers: la spécialisation.
Ainsi, vous pouvez trouver une rue où il n'y a que des vendeurs de moteurs. Et la suivante, que des pièces de vélos, par exemple. "De cette façon, les marchands peuvent se protéger. Tout le monde garde les mêmes prix, explique Pha Le en traversant des étals de pièces mécaniques. S'ils étaient séparés, quelqu'un pourrait avoir des prix plus élevés ailleurs, et il y aurait de l'argent perdu!"
Le modèle commence à se répandre ailleurs dans la ville...
À Cholon, comme ailleurs, le caractère unique de certains endroits commence à être gommé petit à petit. Il faut voir cette pagode dans le quartier, entouré de grands néons bleu et blanc, des magasins de chaque côté. Dans le district 3, plus de la moitié du musée de la guerre est consacré à la vente de souvenirs. Ailleurs, les PFK, Motorola et Visa envahissent lentement le paysage.
Touriste américain fraîchement débarqué, avec le décalage horaire encore imprimé dans le visage, Ryan semble déçu de ce qu'il a vu jusqu'à maintenant. "Il n'y a plus d'authenticité nulle part!", s'exclame-t-il.
"Oh, il faut aller dans le Vietnam rural pour voir la vraie vie!", souligne Pha Le. Là où le tourisme et la publicité ne se sont pas encore trop aventurés.

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